Mangeuses, Histoire de celles qui dévorent, savourent ou se privent à l'excès
EAN13
9791025205969
Éditeur
Les Pérégrines
Date de publication
Collection
GENRE !
Langue
français
Langue d'origine
français
Fiches UNIMARC
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Mangeuses

Histoire de celles qui dévorent, savourent ou se privent à l'excès

Les Pérégrines

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Dans la mythologie, la littérature, le cinéma, les hommes mangent. Ils
musclent leur « fraternité » autour de grandes bouffes, de banquets.
D’ailleurs, le mot « fraternité » vient du mot « pain » dans de nombreuses
langues (que l’on pense à bread/brother en anglais ou Brot/Bruder en
allemand). Les femmes ? Elles émiettent leur « sororité » au fil des siècles
en conseils et astuces pour briller aux fourneaux et surtout… ne pas manger.
Aucun roman ni film célèbre ne les réunit autour de tablées. Les femmes
gourmandes sont surtout vues comme appétissantes, voire lascives. Depuis
quelques décennies, la société s’inquiète. Médias et médecins tirent la
sonnette d’alarme : les femmes seraient en train de tomber malades. Trop «
maigres », trop « grosses », trop enclines à succomber aux plaisirs de la
chère ou, au contraire, à y résister de façon excessive. On diagnostique des «
épidémies d’anorexie et de boulimie » chez les adolescentes. Comment s’en
étonner ? On date souvent les troubles alimentaires féminins de l’époque où
apparaît le diktat de la minceur, dans les années 1970, mais l’injonction,
pour les femmes, à s’entourer de nourriture sans manger est bien plus ancienne
et profonde. Depuis l’Antiquité, le soupçon pèse sur les femmes qui mangent.
Pandore, première femme de l’Histoire dans la mythologie grecque, doit cacher
son « estomac de chienne » dans un corps parfait. Ève, dans la Bible, est
condamnée à se soumettre à tous les désirs masculins pour avoir croqué la
pomme. Au Moyen Âge, le péché de gourmandise affecte les femmes, bien plus que
les hommes, puisqu’elles sont jugées incontrôlables et n’ont pas accès à la «
raison ». Au xviie siècle, les premiers cafés parisiens servent à manger mais
les femmes en sont exclues. Au xixe siècle, c’est encore pire : manger devient
un art, une science, une éloquence. On appelle cela la « gastronomie » et on
interdit aux femmes de s’y initier. Dans les livres, les pages de journaux ou
les émissions consacrés à la cuisine, les femmes sont présentées comme des
ménagères ou des mères au foyer, tandis que les hommes sont des experts ou des
professionnels, tantôt chefs, tantôt critiques gastronomiques ou gourmets. La
femme qui mange, elle, reste sur le côté : une gloutonne, une malade, à
l’appétit forcément déréglé. La littérature n’est pas en reste. La comtesse de
Ségur fait ainsi défiler de délicieux fruits confits sous les yeux de la
petite Sophie avant de lui taper sur les doigts lorsque celle-ci a le malheur
d’y succomber : « Tu ne mangeras pas, ma fille ! » Lolita, l’héroïne de
Nabokov, plante ses dents dans une pomme juteuse, excitant le désir du
narrateur, et finit par s’allonger sur la table, non pour manger mais pour
être dévorée, de la tête aux pieds. Dans l’histoire personnelle de Lauren
Malka, le rapport à la gourmandise est central. C’est un plaisir, une fête, un
lien à la convivialité, aux origines, une créativité des parfums et des
couleurs… mais aussi un tracas, un tourment, une obsession. En se mettant à
l’écoute d’autres femmes d’âges et de milieux différents, et mêmes d’autres
époques, elle s’est rendu compte que son histoire était d’une banalité
extrême. Les filles, les femmes, du passé et d’aujourd’hui, vivent la
gourmandise comme une trahison. Condamnées à jouer les gourmandes sans manger,
à cuisiner et à se réprimer, les femmes n’ont d’autre choix que de se
dissocier de leur corps. Comment a-t-on déréglé l’appétit des femmes ? Comment
les oblige-t-on à servir, s’asservir et s’affamer ? Et comment se
réapproprient-elles ce rapport à la nourriture et à leur corps ? À la
frontière entre l’Histoire, le récit incarné et l’enquête de société,
assaisonné d’anecdotes culinaires légères ou tragiques, Mangeuses tente de
répondre à ces questions et d’apporter quelques miettes d’espoir dans un monde
d’affamées. Journaliste pour le magazine Causette, autrice et coréalisatrice
d’un film sur l’histoire de France à travers ses pratiques culinaires (La
France aux fourneaux, présenté par François Morel, TV Only/France 5, 2020),
Lauren Malka est aussi chroniqueuse dans différentes émissions culturelles sur
France 5 et Canal+. Depuis trois ans, elle réalise le podcast littéraire Assez
parlé, produit par l’école Les Mots, où elle interroge les écrivain·es sur
leur rapport à l'écriture. Formée à la littérature, à la philosophie et au
journalisme, elle a participé au recueil féministe Survivre au sexisme
ordinaire (Librio, 2021) et à la série Ceci est mon corps, Ceci est mon cœur
et Elles ne sont pas celles que vous croyez (Rageot/Causette), et signé des
livres sur Le goût de la philosophie (Mercure de France, 2019) et sur le
journalisme à l’heure du web (Les journalistes se slashent pour mourir, Robert
Laffont, 2016). Née dans une famille méditerranéenne qui ressemble à tant
d’autres familles dans le monde, elle a grandi en observant ses tantes remplir
les assiettes de leurs hommes et a développé deux passions contradictoires :
l’une pour l’art culinaire et l’autre pour les régimes amaigrissants.
Parisienne pur jus, Lauren va souvent à Metz (où son frère habite) et à Rome
(où elle a vécu et dont elle fréquente assidument la librairie française).
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